Méthanisation agricole : la clé des champs ?

Méthanisation agricole : la clé des champs ?

Et si les exploitations agricoles produisaient 5 % de la consommation française de gaz en 2030 ? Le pari est réalisable au vu de l’intérêt grandissant porté à la filière biogaz par les agriculteurs, les pouvoirs publics et les citoyens.

La France n’a pas de gaz, mais elle a du fumier, des déchets verts et agricoles. Autant de matières premières, peu valorisées aujourd’hui, qui pourraient être une source intarissable d’énergie. Le principe est simple : les micro-organismes de la matière organique dégradent les déchets agricoles pour produire d’une part du biogaz, d’autre part des résidus transformés en engrais. Le biogaz sert à chauffer, produire de l’électricité ou du carburant. Les engrais organiques viennent enrichir les champs. Autrement dit, une économie circulaire et vertueuse.

Davantage d’intérêts communs

Un projet de méthanisation crée une dynamique dans laquelle tous les acteurs et les habitants du territoire ont un intérêt en commun. Pour les agriculteurs les avantages tiennent à :

– la création de revenus complémentaires stables (vente d’électricité) ;

– la diversification des débouchés pour les résidus de culture ;

– la couverture des besoins de chaleur sur fond d’augmentation du coût de l’énergie ;

– l’amélioration des engrais de ferme (meilleure assimilation par les plantes).

Pour les collectivités locales et les habitants, un projet de méthanisation offre :

– une attractivité économique en lien avec l’utilisation de chaleur par exemple ;

– un gain en autonomie avec une énergie renouvelable produite localement ;

– la maîtrise des coûts des traitements de déchets (redevance) ;

– une réduction des émissions de gaz à effet de serre (captage du méthane agricole).

Contraintes réglementaires et financières

Reste la réalité réglementaire et financière. La complexité administrative et le peu d’empressement des banques à financer des projets de plusieurs millions d’euros n’en sont pas moins porteurs d’espoir. Les pouvoirs publics ont récemment affiché un volontarisme en la matière. Le groupe de travail installé par le secrétaire d’État à la transition énergétique a rendu ses conclusions fin mars. Parmi les actions mises en avant pour aider les agriculteurs : la facilitation d’accès au crédit. 100 millions d’euros sur le Grand Plan d’Investissement (GPI) pour financer un fonds de garantie Banque Publique d’Investissement (BPI) ont été annoncés.

L’implication citoyenne

Mais les garanties de l’état ne suffiront pas à atteindre l’objectif de production de 10 % de gaz vert en 2030 fixé par la loi de transition énergétique de 2015. Pour cela, il faut plus que doubler les installations existantes. L’implication citoyenne est souvent à la base de la réussite. En associant les habitants du territoire à la réflexion comme au financement, les agriculteurs ont la certitude de pouvoir mener à bien leur projet de méthanisation. Dans cette perspective, le financement participatif a déjà prouvé sa pertinence. Plusieurs projets de méthanisation comme celui de Déméter sont en passe de voir le jour à l’aide de ce dispositif innovant pour la filière. À chaque fois, les habitants comme les collectivités ont compris que la méthanisation allait développer le territoire tout en préservant l’environnement.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

Sources : Ademe et ministère de la transition écologique et solidaire

Laisser un commentaire

X