Transition énergétique : citoyens et territoires veulent accélérer

Transition énergétique : citoyens et territoires veulent accélérer

Le débat public sur les orientations de la politique énergétique française s’est achevé. Après trois mois de consultations, la dernière s’est tenue jeudi 28 juin à Paris au siège du groupe La Française. L’ONG Green Cross France a réuni de nombreux acteurs de l’énergie, des représentants des collectivités et des financiers devant un public averti.

« Il n’y a pas de remise en cause de la transition énergétique, le débat se joue plutôt sur le rythme, globalement le pays considère que l’on est en retard. » À quelques heures de la clôture d’une consultation inédite, Florent Augagneur, vice-président de la Commission nationale du débat public (CNDP) livre les premiers enseignements de la centaine de débats organisés depuis le mois de mars sur l’ensemble des territoires. La question du financement a notamment été mise en avant. « Qui paie ? Le sujet est important et va l’être ne serait-ce que pour l’acceptabilité. Si l’on met en place des politiques publiques, il va falloir répondre à ces questions » ajoute Florent Augagneur. Les débats publics ont aussi fait ressortir des demandes sur les questions de gouvernance. « Plus de démocratie, plus de décentralisation et plus de place pour les citoyens et les territoires ressortent », confie le vice-président de la CNDP.

Pas de transition réussie sans efficacité énergétique

La feuille de route est connue. Premier accord universel sur le climat, l’accord de Paris prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Dans cette perspective, les études sur un scénario 100 % énergie renouvelable font apparaître une certitude. « On ne fait pas en France 100 % d’EnR sans une politique importante d’efficacité énergétique » rappelle Michel Gioria, directeur Île-de-France de l’ADEME[1]. La bonne nouvelle, c’est que les économies d’énergie permettent aussi la viabilité économique d’un projet. L’exemple de la future smart city de Dijon métropole l’illustre. « Le projet va permettre une économie d’énergie de l’ordre de 62 %, essentiellement sur l’éclairage public, et ce sont ces économies qui permettent de financer une grande partie des infrastructures sur la durée », indique la directrice générale de Citelum, filiale d’EDF spécialisée dans l’efficience énergétique.

Le modèle dunkerquois

« Dunkerque c’est le Qatar de la chaleur fatale[2] » aime à rappeler Rizlane Bibaoui, directrice de l’attractivité de la communauté urbaine. Les premières captations de chaleur fatale d’Arcelor Mittal pour le réseau de la ville datent de 1983. À l’avant-garde de la transition énergétique, l’agglomération vient de voir son travail d’accompagnement auprès des industries reconnu par l’État. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la ville accueille en janvier prochain la 20e édition des Assises européennes de la transition énergétique. « C’est presque une question de survie pour le territoire » dont le déclin démographique est très lié à sa structure économique et à ses industries extrêmement friandes d’énergie carbonée. « On n’a pas d’autres choix que d’être dans une transition inclusive et durable », déclare Rizlane Bibaoui.

Multi énergie et pragmatique du gaz

L’engagement des territoires dans la transition énergétique est vu comme une nécessité par le directeur général de GRTgaz. « On ne réussira la transition énergétique que si on la fait pour les territoires, par les territoires et si elle est économiquement soutenable » précise Thierry Trouvé. Dans la vision d’une transition multi énergie, au côté de l’électricité et du réseau de chaleur, « le gaz joue un rôle important, car il est soutenable et durable. » Soutenable, car c’est l’un des moyens d’avancer rapidement sur la pollution de l’air. Elle peut être fortement réduite par l’introduction de gaz naturel dans les transports lourds et maritimes. Durable, car le gaz renouvelable est en pleine explosion. La méthanisation doit notamment permettre d’atteindre 30 % de gaz renouvelable dans la consommation d’ici 2030. Locale, elle est neutre en carbone, offre des revenus pour l’agriculture et de l’emploi dans les campagnes.

Quid du financement participatif des citoyens ?

La place des citoyens dans le financement de la transition énergétique est aussi interrogée. « Je pense qu’en matière de financement, il faut ne s’interdire aucune initiative », assure la directrice de la stratégie de GRDF, filiale d’Engie. « Les restrictions sur les aides publiques sont là et c’est bien aussi d’être innovant. Je pense que ces types d’approches ont la vertu d’impliquer les citoyens et de les intéresser directement à la réussite du projet. Cela peut aussi participer à l’acceptabilité des projets » souligne Catherine Leboul Proust. Présent au débat, l’ancien directeur général de la Banque Mondiale croit aussi en la capacité de l’épargne citoyenne et locale. Fondateur du fonds d’investissement Blue Like an Orange Sustainable, Bertrand Badré travaille à une plus grande implication du secteur privé dans les objectifs du développement durable. Pour répondre aux besoins que pose la transition énergétique, une chose est certaine explique-t-il « il faut réussir à changer d’échelle ».

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

[1] L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[2] Par chaleur fatale, on entend une production de chaleur dérivée d’un site de production, qui n’en constitue pas l’objet premier.

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