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Biocarburants : des solutions d’avenir ?

La polémique estivale autour de la bioraffinerie de la Mède du groupe Total, relance l’intérêt sur les biocarburants. Déjà présents dans nos réservoirs, ils sont loin de faire l’unanimité. Pourtant, leur avenir continue de susciter de nombreux espoirs. Interrogés sur ce blog comme sur les réseaux sociaux, nos lecteurs ont plébiscité les solutions de deuxième génération.

Volatil par nature, le sujet des biocarburants l’est particulièrement cet été pour le gouvernement. Malgré ses assurances, la colère des agriculteurs (FNSEA/JA) et des ONG de défense de l’environnement (Amis de la Terre, Greenpeace FranceFrance Nature Environnement) ne retombe pas. L’importation par Total de 300 000 tonnes d’huile de palme, chaque année, pour produire du biodiesel dans la bioraffinerie de la Mède (Bouches-du-Rhône) apparait comme à contresens de l’histoire. Les conséquences environnementales catastrophiques de la culture intensive en Asie du Sud-Est, la décision européenne de supprimer, d’ici 2030, l’huile de palme dans les biocarburants, sont autant d’éléments qui alimentent la défiance du grand public. Et la Fédération des producteurs d’oléagineux d’insister : 71 % des Français sont contre l’utilisation des huiles de palme dans les carburants[1].

Dans nos réservoirs

Issus de cultures agricoles destinées traditionnellement à l’alimentation, biodiesel et bioéthanol sont des agrocarburants de première génération. Largement critiqués ces dernières années, ces agrocarburants entrent en compétition avec la production alimentaire et ne sont pas sans impacts sur les cours et la disponibilité des matières premières alimentaires à travers le monde. Le biodiesel est produit à partir d’huiles de colza, de tournesol, de soja, de palme. Toutefois, à la tonne, l’huile de palme est 100 € moins chère en moyenne que ses concurrentes[2]. Pas étonnant que sa part ait augmenté de 36 % en 2017[3] dans le biodiesel. Pour le bioéthanol, destiné lui aux véhicules essence, il faut extraire l’amidon de la biomasse (blé, maïs, canne à sucre). Le sucre obtenu est transformé en éthanol, grâce à la fermentation, avant d’être mélangé à de l’essence. Le SP95 et le SP98 contiennent ainsi jusqu’à 5 % d’éthanol. Le SP95-E10 (contenant jusqu’à 10 % d’éthanol végétal) est aujourd’hui l’essence la plus consommée en France, contrairement à l’E85 (contenant entre 65 % et 85 % d’éthanol) encore très limité.

Deuxième génération

Pour remplacer les biocarburants disponibles à la pompe, industriels et chercheurs travaillent à de nouvelles solutions. Le principe est d’utiliser à la fois les cultures pour produire des aliments, mais aussi de l’énergie. Ainsi, en utilisant les parties non comestibles de la plante ou bien encore les déchets agricoles, il est possible de produire des biocarburants qui résolvent les problèmes de compétition avec la production alimentaire. Le développement de cultures spécifiques dans des zones peu fertiles est aussi une des voies de recherche actuellement suivies. En France, deux projets soutenus par le gouvernement fondent beaucoup d’espoirs. BioTfuel et Futurol sont en phase de développement avancé. À chaque fois, il s’agit d’utiliser des déchets de cultures (comme la paille de blé ou des chutes de bois) pour produire des biocarburants participant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (le CO2 dégagé lors de leur combustion est compensé par le CO2 absorbé par les végétaux lors de leur croissance). Enfin, la production de biocarburants à partir d’algues est aussi une autre possibilité explorée.

Une solution d’avenir ?

Biocarburants d’aujourd’hui ou de demain ? Un avenir sans agrocarburants ? Nous avons voulu savoir ce que nos lecteurs en pensaient. Après quatre semaines, 121 personnes se sont finalement prononcées sur le blog et les réseaux sociaux. Des résultats de nos sondages, deux enseignements se dégagent. Premièrement, 87 votants (72 %) estiment que les biocarburants de deuxième génération constituent une solution viable pour notre avenir énergétique. Ce résultat peut apparaître comme une position très pragmatique en vue d’un désengagement progressif des énergies fossiles et de l’épuisement des réserves mondiales de pétrole. Le second enseignement est corrélé au premier. La perspective de solutions innovantes et renouvelables semble réduire l’opposition systématique aux agrocarburants. 31 votes (25,6 %) se sont pourtant exprimés en ce sens, preuve qu’une part non négligeable de nos lecteurs sont encore loin d’être convaincus par les promesses des biocarburants de deuxième génération. Enfin, trois lecteurs (2,4 %) se prononcent en faveur de la production d’agrocarburants à base de tous types de cultures. Reste une certitude, il est très difficile de savoir quel sera l’avenir des biocarburants.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

[1] Sondage Odoxa, réalisé les 12 et 13 avril 2018.

[2] Avril 2018, source : ISTA, Mielke GmbH, Département américain de l’Agriculture, Banque mondiale.

[3] Communiqué de l’AGPB (blé), l’AGPM (maïs), et la CGB (betterave) se basant sur un rapport annuel des Douanes, directement transmis aux filières concernées, source La France Agricole, 5 juillet 2018.

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Marché de l'énergie

Énergies renouvelables : un marché à concentration

Depuis des mois, les rachats et prises de participations s’accélèrent en France. Pour rattraper leur retard dans la transition énergétique, les poids lourds de l’énergie sont contraints de recourir aux fusions acquisitions.

Les annonces se succèdent et prennent l’allure d’un véritable bras de fer. D’un côté Engie, n° 3 mondial de l’énergie (hors pétrole), de l’autre Total, la « supermajor » pétrolière et gazière. Au centre, un marché en pleine mutation, celui des énergies renouvelables. Ces derniers mois, bon nombre de ses acteurs ont vu leur destin basculer à la faveur de rapprochements stratégiques.

Engie en tête

Dernier rachat en date, celui de Langa. Si Engie s’est offert la PME bretonne spécialisée dans la production d’électricité éolienne et solaire, c’est pour rester dans la course. Acquérir l’un des trois acteurs les plus dynamiques du marché français permet à Engie de conforter sa position de leader. Une première place acquise dans le solaire en 2015, après l’acquisition de Solairedirect. Pionnier français du solaire compétitif, le groupe développe, exploite, assure la maintenance et le financement de parcs solaires de grande taille sur quatre continents.

Total bouscule le marché

En position de challenger, Total se positionne sur le marché de la transition énergétique. L’année 2017 a été un tournant dans sa stratégie de conquête. Prise de participation de 23 % d’Eren Renewable Energy avec contrôle total en 2022. Rachat du spécialiste de l’efficacité énergétique GreenFlex. Déjà l’acquisition de Saft, le fleuron français des batteries, et la prise de contrôle du Californien SunPower, avaient éclairé une ambition. Désormais, elle apparait clairement : Total veut bousculer le marché, être incontournable de la production à la distribution. En témoigne, le rachat de Direct Energie, lequel venait d’acquérir Quadran, l’un des leaders indépendants de l’énergie verte.

Course à la taille

Avec un doublement du volume d’offres rien que pour les projets solaires, le gouvernement français a déclenché une course à la taille parmi les nombreuses petites et moyennes entreprises du secteur. Alors que l’entreprise publique EDF prévoit de construire 30 GW d’ici 2035, le marché se consolide très rapidement. La société solaire française Tenergie s’est ainsi associée au Crédit Agricole. De plus, les fonds et les groupes étrangers sont également de la partie. Ainsi, la société danoise d’investissement dans les énergies renouvelables Obton a fait l’acquisition du développeur français Coruscant. Amarenco a fait de même. L’entreprise irlandaise d’énergie a racheté le Groupe Carré, développeur et exploitant basé dans le Tarn. Nul doute : une reconfiguration des acteurs est en cours. Les contours du futur marché de l’énergie se dessinent.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web