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Éolien

Éolien : après l’incertitude, fendre le vent !

Après sept mois de blocage, les professionnels du secteur apparaissent confiants. Si des centaines de projets de parcs éoliens sont menacés, un récent projet de décret gouvernemental fait souffler un vent d’optimisme. Pour France énergie éolienne, l’exécutif doit accélérer pour ne pas compromettre les objectifs de la transition énergétique.

Depuis décembre 2017, les professionnels de l’éolien font face à des vents contraires. L’annulation par le Conseil d’État (décisions du 6 et du 28 décembre) des décrets réformant l’autorité environnementale empêche toute décision administrative sur les projets de parcs éoliens. Aux yeux de la plus haute instance juridique administrative, le préfet ne peut pas être juge et partie. Être l’autorité environnementale qui valide les études d’impact et à la fois l’autorité qui in fine autorise la construction du projet. Légitime au regard du droit européen, la décision du Conseil d’État n’en paralyse pas moins l’appareil administratif jusqu’à aujourd’hui.

Appel d’offres en souffrance

Cette situation n’est pas sans conséquence sur le dernier appel d’offres éolien. Sur les 500 MW attribués par l’État, pas plus de 300 MW de projets ont postulé selon France énergie éolienne (FEE). L’explication est simple : pour candidater, les projets devaient avoir obtenu leurs autorisations. Or, en l’absence d’autorité environnementale, les projets ne pouvaient pas obtenir d’autorisation, ils ne pouvaient donc pas candidater. Pour Olivier Perot, président de France énergie éolienne «cette situation est d’autant plus regrettable que, lors du 1er appel d’offres dont le succès a été salué par le gouvernement, la filière éolienne a fait la preuve de sa capacité à assimiler rapidement les nouveaux mécanismes d’attribution et de sa maturité économique. »

Nouveau décret à promulguer

Depuis décembre 2017, le porte-parole historique des professionnels de l’énergie éolienne assure être en contact avec Matignon et le ministère de la Transition écologique et solidaire pour trouver une solution. Hasard du calendrier, un projet de décret a été publié quelques jours avant la montée au créneau de la FEE. Le nouveau texte prévoit de nommer les missions régionales d’autorité environnementale comme instance de validation des études d’impact. Les préfets de régions ne prendraient plus que la décision définitive d’autorisation des projets.

Rattraper le temps perdu

Actuellement soumis à la consultation publique, le futur décret ne devrait pas être promulgué avant plusieurs mois. Un délai qui inquiète France énergie éolienne. « Il est impératif que l’exécutif permette d’accélérer le traitement des dossiers bloqués », souligne Olivier Perot. « Nous estimons qu’au moins 170 projets éoliens représentant plus de 3 GW sont actuellement à l’arrêt. » L’association des professionnels de l’éolien rappelle que la filière a besoin de visibilité et de stabilité pour respecter les objectifs de la transition énergétique. Si les 1,2 nouveaux GW prévus en 2018 devraient être atteints, rien n’est moins sûr pour les années à venir. Compte tenu des délais de développement d’un projet (5 à 7 ans), le blocage actuel devrait retarder les volumes installés à l’horizon 2020-2021 assure la FEE.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

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Transition énergétique

Transition énergétique : citoyens et territoires veulent accélérer

Le débat public sur les orientations de la politique énergétique française s’est achevé. Après trois mois de consultations, la dernière s’est tenue jeudi 28 juin à Paris au siège du groupe La Française. L’ONG Green Cross France a réuni de nombreux acteurs de l’énergie, des représentants des collectivités et des financiers devant un public averti.

« Il n’y a pas de remise en cause de la transition énergétique, le débat se joue plutôt sur le rythme, globalement le pays considère que l’on est en retard. » À quelques heures de la clôture d’une consultation inédite, Florent Augagneur, vice-président de la Commission nationale du débat public (CNDP) livre les premiers enseignements de la centaine de débats organisés depuis le mois de mars sur l’ensemble des territoires. La question du financement a notamment été mise en avant. « Qui paie ? Le sujet est important et va l’être ne serait-ce que pour l’acceptabilité. Si l’on met en place des politiques publiques, il va falloir répondre à ces questions » ajoute Florent Augagneur. Les débats publics ont aussi fait ressortir des demandes sur les questions de gouvernance. « Plus de démocratie, plus de décentralisation et plus de place pour les citoyens et les territoires ressortent », confie le vice-président de la CNDP.

Pas de transition réussie sans efficacité énergétique

La feuille de route est connue. Premier accord universel sur le climat, l’accord de Paris prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Dans cette perspective, les études sur un scénario 100 % énergie renouvelable font apparaître une certitude. « On ne fait pas en France 100 % d’EnR sans une politique importante d’efficacité énergétique » rappelle Michel Gioria, directeur Île-de-France de l’ADEME[1]. La bonne nouvelle, c’est que les économies d’énergie permettent aussi la viabilité économique d’un projet. L’exemple de la future smart city de Dijon métropole l’illustre. « Le projet va permettre une économie d’énergie de l’ordre de 62 %, essentiellement sur l’éclairage public, et ce sont ces économies qui permettent de financer une grande partie des infrastructures sur la durée », indique la directrice générale de Citelum, filiale d’EDF spécialisée dans l’efficience énergétique.

Le modèle dunkerquois

« Dunkerque c’est le Qatar de la chaleur fatale[2] » aime à rappeler Rizlane Bibaoui, directrice de l’attractivité de la communauté urbaine. Les premières captations de chaleur fatale d’Arcelor Mittal pour le réseau de la ville datent de 1983. À l’avant-garde de la transition énergétique, l’agglomération vient de voir son travail d’accompagnement auprès des industries reconnu par l’État. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la ville accueille en janvier prochain la 20e édition des Assises européennes de la transition énergétique. « C’est presque une question de survie pour le territoire » dont le déclin démographique est très lié à sa structure économique et à ses industries extrêmement friandes d’énergie carbonée. « On n’a pas d’autres choix que d’être dans une transition inclusive et durable », déclare Rizlane Bibaoui.

Multi énergie et pragmatique du gaz

L’engagement des territoires dans la transition énergétique est vu comme une nécessité par le directeur général de GRTgaz. « On ne réussira la transition énergétique que si on la fait pour les territoires, par les territoires et si elle est économiquement soutenable » précise Thierry Trouvé. Dans la vision d’une transition multi énergie, au côté de l’électricité et du réseau de chaleur, « le gaz joue un rôle important, car il est soutenable et durable. » Soutenable, car c’est l’un des moyens d’avancer rapidement sur la pollution de l’air. Elle peut être fortement réduite par l’introduction de gaz naturel dans les transports lourds et maritimes. Durable, car le gaz renouvelable est en pleine explosion. La méthanisation doit notamment permettre d’atteindre 30 % de gaz renouvelable dans la consommation d’ici 2030. Locale, elle est neutre en carbone, offre des revenus pour l’agriculture et de l’emploi dans les campagnes.

Quid du financement participatif des citoyens ?

La place des citoyens dans le financement de la transition énergétique est aussi interrogée. « Je pense qu’en matière de financement, il faut ne s’interdire aucune initiative », assure la directrice de la stratégie de GRDF, filiale d’Engie. « Les restrictions sur les aides publiques sont là et c’est bien aussi d’être innovant. Je pense que ces types d’approches ont la vertu d’impliquer les citoyens et de les intéresser directement à la réussite du projet. Cela peut aussi participer à l’acceptabilité des projets » souligne Catherine Leboul Proust. Présent au débat, l’ancien directeur général de la Banque Mondiale croit aussi en la capacité de l’épargne citoyenne et locale. Fondateur du fonds d’investissement Blue Like an Orange Sustainable, Bertrand Badré travaille à une plus grande implication du secteur privé dans les objectifs du développement durable. Pour répondre aux besoins que pose la transition énergétique, une chose est certaine explique-t-il « il faut réussir à changer d’échelle ».

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

[1] L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[2] Par chaleur fatale, on entend une production de chaleur dérivée d’un site de production, qui n’en constitue pas l’objet premier.

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L'équipe a la parole Vue d'Enerfip

Retour sur la nuit de la Blockchain

Le 28 juin 2018, le Village by CA Center de Montpellier a accueilli un événement majeur sur le thème de la Blockchain. Avec près de 150 participants, « La nuit de la Blockchain » a été un véritable succès !

Une introduction de Thomas Gerbaud d’Ocean Data a permis aux novices de se familiariser avec la notion de Blockchain et les mécanismes associés. Vous pourrez retrouver sa présentation ici.

Puis, Anna Shugol d’IBM Blockchain a présenté des exemples de cas d’application de la Blockchain : finance, documents d’identité, santé, traçabilité alimentaire, supply chain, traçabilité des diamants ou des grands vins. La Blockchain répond à un besoin de confiance entre les parties prenantes (vendeurs, acheteurs et intermédiaires) à propos de la provenance d’un produit ou d’une ressource lors de transactions commerciales. Anna Shugol a illustré ce principe avec la solution mise en place par IBM Blockchain pour la traçabilité des containers du groupe mondial de logistique Maersk.

La conférence s’est poursuivie par une table ronde où sont intervenus Emmanuel Méthivier, CEO de CA Store, Laurent Brieu, CEO de Sofilaro, et Léo Lemordant, Président d’Enerfip et fondateur de Wetoken.

Puis, la soirée s’est clôturée par un cocktail dinatoire animé par DJ Fip !

Vous avez loupé la conférence ? Pas de panique, le replay, c’est par ici : Replay nuit de la Blockchain

Vous n’avez pas pu assister à l’embrasement du Dancefloor par DJ Fip ? Cliquez sur sa playlist pour vous ambiancer !

Nous organisons des meetups sur la thématique « Blockchain et ICO » toutes les 6 semaines environ. Inscrivez-vous !

Rejoignez aussi la boucle Telegram dédiée.

Aurélie Olivera, responsable communication et marketing

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Marché de l'énergie

Énergies renouvelables : un marché à concentration

Depuis des mois, les rachats et prises de participations s’accélèrent en France. Pour rattraper leur retard dans la transition énergétique, les poids lourds de l’énergie sont contraints de recourir aux fusions acquisitions.

Les annonces se succèdent et prennent l’allure d’un véritable bras de fer. D’un côté Engie, n° 3 mondial de l’énergie (hors pétrole), de l’autre Total, la « supermajor » pétrolière et gazière. Au centre, un marché en pleine mutation, celui des énergies renouvelables. Ces derniers mois, bon nombre de ses acteurs ont vu leur destin basculer à la faveur de rapprochements stratégiques.

Engie en tête

Dernier rachat en date, celui de Langa. Si Engie s’est offert la PME bretonne spécialisée dans la production d’électricité éolienne et solaire, c’est pour rester dans la course. Acquérir l’un des trois acteurs les plus dynamiques du marché français permet à Engie de conforter sa position de leader. Une première place acquise dans le solaire en 2015, après l’acquisition de Solairedirect. Pionnier français du solaire compétitif, le groupe développe, exploite, assure la maintenance et le financement de parcs solaires de grande taille sur quatre continents.

Total bouscule le marché

En position de challenger, Total se positionne sur le marché de la transition énergétique. L’année 2017 a été un tournant dans sa stratégie de conquête. Prise de participation de 23 % d’Eren Renewable Energy avec contrôle total en 2022. Rachat du spécialiste de l’efficacité énergétique GreenFlex. Déjà l’acquisition de Saft, le fleuron français des batteries, et la prise de contrôle du Californien SunPower, avaient éclairé une ambition. Désormais, elle apparait clairement : Total veut bousculer le marché, être incontournable de la production à la distribution. En témoigne, le rachat de Direct Energie, lequel venait d’acquérir Quadran, l’un des leaders indépendants de l’énergie verte.

Course à la taille

Avec un doublement du volume d’offres rien que pour les projets solaires, le gouvernement français a déclenché une course à la taille parmi les nombreuses petites et moyennes entreprises du secteur. Alors que l’entreprise publique EDF prévoit de construire 30 GW d’ici 2035, le marché se consolide très rapidement. La société solaire française Tenergie s’est ainsi associée au Crédit Agricole. De plus, les fonds et les groupes étrangers sont également de la partie. Ainsi, la société danoise d’investissement dans les énergies renouvelables Obton a fait l’acquisition du développeur français Coruscant. Amarenco a fait de même. L’entreprise irlandaise d’énergie a racheté le Groupe Carré, développeur et exploitant basé dans le Tarn. Nul doute : une reconfiguration des acteurs est en cours. Les contours du futur marché de l’énergie se dessinent.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web

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Solaire

Autoconsommation : la connexion citoyenne

Produire et consommer son électricité, c’est désormais possible. À l’échelle individuelle et collective, les citoyens s’organisent pour faire d’un vieux rêve une réalité émergente.

On le sait depuis longtemps, les citoyens ont de l’énergie à revendre ! En France, les toits de nos villes et de nos campagnes fleurissent de panneaux solaires. Aujourd’hui, si 350 000 particuliers produisent leur énergie, la plupart d’entre eux la revendent sur le réseau. Mais les pratiques évoluent. Désormais, de plus en plus de citoyens s’engagent dans l’autoconsommation. Fin 2017, 15 000 foyers autoconsommaient leur électricité sans être raccordés au réseau, tandis que 5 000 autres revendaient leur surplus. Si ces autoconsommateurs ne représentent que 4 % du total des installations de production solaire, la tendance est là. Selon la Commission de Régulation de l’Énergie, près de la moitié des nouvelles demandes de raccordement de production aux réseaux sont en autoconsommation.

De l’individuel au collectif

Cet engouement récent pour l’autoconsommation s’explique avant tout par une volonté : « devenir acteur de sa production énergétique en devenant producteur », déclare le Maire de Luc-sur-Aude. Première commune de France à avoir porté le projet d’un parc solaire participatif, ses citoyens sont devenus actionnaires de la société, une SAS, qui gère la production. Ainsi, 258 habitants de la commune ont financé près des trois quarts du projet, soit 270 000 €, à travers le financement participatif mis en place par Enerfip. Cette centrale citoyenne a la caractéristique d’être à la taille du village et de produire ce que les habitants consomment. Elle est aussi la réalisation concrète d’une transition énergétique à l’échelle locale.

Autoconsommation, l’immense potentiel

36 000 communes sont à même d’encadrer cette énergie citoyenne et de fournir des espaces publics pour la collecte d’énergie. Autres atouts indéniables, les surfaces disponibles sur les toits pour y installer du photovoltaïque, ainsi que le taux d’ensoleillement et les conditions météorologiques favorables. Enfin, il est levier qui peut aussi grandement impacter l’autoconsommation dans les prochaines années : les débouchés financiers. Pour certains secteurs comme l’agriculture, l’énergie citoyenne pourrait apporter d’autres sources de revenus. En Allemagne, bon nombre d’agriculteurs ont fait de la production d’énergie leur seconde activité. Une autre façon d’exploiter la nature et de vivre d’autoconsommation.

Cyrille Arnoux, responsable éditorial web