Catégories
Épargne Financement participatif

Financement participatif : pourquoi votre chat peut donner mais pas prêter ?

Crowdfunding ? Crowdlending ? Avec les succès des plateformes qui ont financé de grands artistes ou des films comme Demain, tout le monde parle de financement participatif et il y a de quoi se mélanger les pinceaux. Revenons sur quelques notions clés qui nous permettront à tous d’avoir les idées plus claires.

Les projets qui ont recours au crowdfunding cherchent un financement (funding) auprès du grand public (crowd). Mais il existe de nombreuses manières d’utiliser le financement participatif. Don (charity), don avec récompenses (reward), prêt avec intérêts (lending) ou encore capital avec actions (equity).

On peut financer grâce aux dons avec le pseudo de son chat

Il y a quelques jours encore, j’avais au bout du fil un monsieur très enthousiaste. Il souhaitait encourager un projet d’énergies renouvelables qui allait s’implanter dans son département. Habitué à soutenir des projets sur des plateformes comme Kickstarter, il fut étonné que nous lui demandions des papiers d’identité ainsi qu’un justificatif de domicile !

L’explication est très simple, et va vous paraître tout à fait évidente.

Lorsque j’ai soutenu le film « Demain » sur KissKissBankBank (plateforme qui appartient à La Banque Postale), je leur ai donné une certaine somme en échange de mon nom au générique. En réalité, c’est le nom de mon chat qui est apparu, car c’était mon pseudo sur la plateforme. Par ailleurs, il m’aurait été possible de donner davantage. J’aurais dans ce cas reçu le DVD, une place en avant-première voire une invitation à la première à Paris !

Sur une plateforme comme Ulule, vous donnez de l’argent et vous recevez des contreparties. Dans le jargon, on parle de reward crowdfunding. Littéralement : de financement participatif contre récompense. Vous n’êtes pas forcément obligés de prouver votre identité.

Mais il existe d’autres logiques de financement participatif beaucoup plus complexes et réglementées comme le crowdlending et l’equity crowdfunding. Quels anglo-barbarismes, nous sommes d’accord.

Pourquoi mon chat ne peut pas investir sur un projet d’énergies renouvelables ?

Le crowdlending correspond littéralement au prêt participatif. Concrètement, il s’agit d’un prêt qui, au lieu d’être contracté auprès d’une banque, l’est auprès d’une « foule » (crowd) de personnes comme vous et moi. Ce qui signifie très prosaïquement que l’argent que nous mettons dans le projet nous est rendu, le plus souvent avec des intérêts.

Dans le milieu du crowdlending, les taux d’intérêt sont très attractifs pour les prêteurs. En tout cas, ils le sont toujours beaucoup plus que des produits d’épargne classiques1. Et en plus, vous savez exactement ce qui est fait de votre argent. Tout le monde y gagne. Sauf les banques vous me direz, mais en réalité, un certain nombre d’entre elles sont dans le coup (Lendopolis appartient à la Banque Postale et Lumo appartient à la Société Générale par exemple).

C’est là que l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) entre en jeu. Oui, car le prêt participatif est un investissement, un produit d’épargne, un produit financier qui peut donc être un moyen de blanchir de l’argent. Aussi, les plateformes de crowdlending sont soumises à une réglementation plus stricte que les plateformes de crowdfunding par le don.

Ces agréments sont délivrés par l’AMF2. Cela contraint la plateforme à faire vérifier par un tiers lui aussi agréé, si les prêteurs tout comme les porteurs de projets ne figurent pas sur les deux listes suivantes. L’une relative au blanchiment d’argent, l’autre au financement du terrorisme (LAB-FT). Voilà pourquoi cela demande un peu plus de temps pour s’inscrire sur une plateforme de crowdlending et pourquoi il vous est demandé de fournir des pièces prouvant votre identité3.

Les plateformes de crowdfunding par le don doivent tout de même posséder a minima l’agrément d’Intermédiaire en Financement Participatif et procéder de la vérification de l’identité4 des bénéficiaires des collectes (LAB-FT).

Et voilà !

Oui mais pourquoi je dois fournir une taxe d’habitation pour investir sur certains projets ?

Concernant la production des énergies renouvelables, le recours au prêt participatif est fortement incité par l’Etat dans le cadre des appels d’offre instruits par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Même en dehors de ce cadre, la pratique a tendance à se généraliser. Mais pourquoi l’Etat incite-t-il le recours au financement participatif ? Il y a deux objectifs : engager davantage la population locale dans le processus et lui permettre d’en tirer elle-aussi un bénéfice économique grâce aux intérêts reversés.

Dans cette perspective, vous conviendrez que réserver l’accès à l’investissement aux populations locales a du sens. La CRE demande que les investisseurs fournissent la taxe d’habitation pour prouver qu’ils résident bien sur le territoire du projet. Pourquoi précisément la taxe d’habitation ? Vous pouvez très bien avoir votre nom sur la facture de votre fille, de votre père voire d’un appartement que vous louez à quelqu’un dans une autre région. A priori, vous n’auriez aucun intérêt à payer une taxe d’habitation pour un autre logement que celui ou ceux dans lesquels vous vivez vraiment (parce que ça fait mal).

Vous me direz : « et pour ceux qui n’en paient plus depuis la réforme ? » Et bien… nous nous posons la même question. La CRE va devoir trouver une solution. Affaire à suivre donc !

Crédits photos : Sarah Pflug sur Burst

À la rédaction : Alexis

Catégories
Épargne Financement participatif Transition énergétique

Financement participatif : l’épargne responsable et rémunérée

La semaine de la finance responsable s’est achevée hier jeudi 4 octobre. Au travers d’événements essaimés partout en France, elle promeut les diverses formes d’investissement responsable telles que le financement participatif à impact social ou environnemental, la Finance Solidaire ou encore l’Investissement Socialement Responsable.

Quatre labels pour trois canaux de finance responsable

La semaine de la finance responsable [1] est portée par le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR), une association qui soutient justement l’ISR depuis 2001. Ce dernier est devenu un label soutenu par les pouvoirs publics aux côtés du Label Transition Énergétique et Écologique pour le Climat (TEEC). Tous deux sont attribués à des fonds respectant un cahier des charges strict.

Par ailleurs, il existe le label Comité Intersyndical de l’Epargne Salariale (CIES) dédié à l’épargne salariale ou encore Finansol délivré aux placements d’épargne solidaire depuis 1997. Il existe donc bien plusieurs canaux de finance responsable que sont l’épargne salariale, l’épargne privée et l’investissement responsable.

Un intérêt croissant contrebalancé par une méconnaissance importante

La dernière étude réalisée par l’Ifop indique un gain d’intérêt de la part des épargnants pour l’impact social et environnemental de leur épargne. Si en 2017, 48% des épargnants interrogés témoignaient de cet intérêt, ce sont 63% d’entre eux qui le déclarent cette année. Une progression très encourageante pour le FIR.
En pratique, 5% des épargnants interrogés déclarent avoir investi dans un fonds d’ISR. En outre, 5% seulement se sont vu proposer d’investir dans un tel fonds par leur conseiller [2].

De surcroit, la connaissance des possibilités qui s’offrent aux épargnants est toute aussi limitée. En effet, seules six personnes sur cent (6%) en possession d’au moins un produit d’épargne savent précisément ce qu’est l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Pourtant, 27% d’entre elles s’affirment disposées à investir en ISR. Il y a donc effectivement un travail important de promotion et d’accessibilité à réaliser [2].

13% des épargnants interrogés affirment connaître l’épargne solidaire contre 42% qui n’en auraient jamais entendu parler. Enfin concernant le financement participatif, les chiffres sont légèrement plus positifs avec 22% de connaisseurs et 36% d’épargnants n’ayant jamais entendu parler de ce type de dispositif [2].

Pourquoi votre épargne est aussi un investissement

Pour la plupart des français, l’épargne représente de l’argent non-dépensé et qui dort sur un livret bancaire, comme le livret A par exemple. Certains pourront souscrire à des produits plus complexes comme une assurance-vie ou un plan d’épargne logement.

Même dans ces cas, il s’agit d’un placement comportant à la fois des risques et une rémunération. Au-delà, on peut même oser dire qu’il s’agit d’un investissement car cet argent servira par ailleurs à votre banque pour financer des projets sur lesquels vous n’avez pas forcément beaucoup de visibilité.

En témoignent les campagnes activistes en direction des clients de la société Générale dont sont décriés les nombreux investissements jugés irresponsables dans des projets d’énergie fossiles [3].

Il existe toutefois dans le domaine bancaire classique des solutions plus orientées comme par exemple le Livret Développement Durable et Solidaire ou les produits de la Nef ou du Crédit Coopératif.

Le financement participatif, un placement accessible, engagé et qui rapporte

Contrairement aux représentations communes, l’investissement est une action très accessible. Mais en plus, il peut sans paradoxe rapporter tout en étant engagé.

Si le financement participatif est bien connu sous la forme du crowdfunding reward, c’est-à-dire d’un don en échange d’une contrepartie, le crowdlending et l’equity crowdfunding sont moins connus et plus impliquants.
En effet, le prêt participatif (crowdlending) permet à un porteur de projet de se financer par la dette auprès d’une foultitude de personnes comme vous et moi. L’avantage pour lui est de constituer une véritable communauté qui peut par ailleurs s’avérer être un argument de poids auprès de financeurs bancaires par exemple. L’avantage pour le tout-un-chacun qui le finance, c’est qu’il prête de l’argent, et qu’il perçoit donc des intérêts tout en soutenant un projet qui a du sens pour lui !

Chez Enerfip, plusieurs milliers de personnes investissent de 10 euros à 50 000 euros dans des projets photovoltaïques, biomasse ou éoliens d’énergies renouvelables. Avec une rémunération nettement plus intéressante que n’importe quel livret bancaire, chacun peut faire fructifier ses économies tout en soutenant la transition de l’énergie française vers une production plus respectueuse de l’environnement, moins centralisée et plus territoriale.
Ce dernier point a pour conséquence positive de créer de l’emploi et de l’activité dans de nombreuses zones géographiques partout en France, notamment dans les secteurs ruraux.

Dans le cadre du financement des énergies renouvelables, le risque est également très minimisé par un encadrement des projets aussi strict que celui qui s’applique aux plateformes spécialisées dans le prêt et l’equity.

Comment le financement participatif responsabilise la production d’énergie

Pour les analystes de Xerfi [4], le financement participatif deviendra bientôt un incontournable du développement des projets de production énergétique. En effet, la Commission de Régulation de l’Energie œuvre dans ce sens puisque tous les projets menés sous sa houlette sont incités à effectuer en amont une collecte en financement participatif sur le territoire d’implantation de l’infrastructure.

Cette incitation est efficace puisqu’elle est récompensée par une augmentation du prix d’achat de l’électricité une fois l’installation mise en production. Vous vous direz peut-être que cette attitude est donc uniquement motivée par l’appât du gain, et vous aurez parfois raison.

Néanmoins, il s’agit d’un dispositif intelligent puisqu’il contraint les porteurs de projets d’informer la population résidente du territoire. Mécaniquement, celle-ci se retrouve impliquée dans un processus de concertation beaucoup plus démocratique.

Références

[1] Accéder au site de la SdlFR >>

[2] L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. 87% des personnes interrogées déclarent posséder un produit d’épargne. Accéder au site de l’enquête >>

[3] Amis de la Terre. Accéder à la source >>

[4] Xerfi Percepta, Le financement des énergies renouvelables à l’horizon 2023, août 2018, 223 p.